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L'univers d'Eliane : CARILLONS DE NOËL

Lundi 19 décembre 2016 @ 15:01:15

 

Carillons de Noël

 

Le vieux sonneur monte au clocher,
Jusqu’aux meurtrières béantes
Où les corneilles vont nicher,
Et, chétif, il vient se percher
Au milieu des poutres géantes.

Dans les ténèbres où ne luit
Qu’un falot pendant aux solives,
Il s’agite et mène grand bruit
Pour mettre en danse cette nuit
Les battants des cloches massives.

Joyeuses, avec un son clair,
Les voix des cloches, par le faîte
Des lucarnes, s’en vont dans l’air,
Sur les ailes du vent d’hiver,
Comme des messagers de fête.

Noël ! Noël !... Sur les hameaux
Où les gens rentrent à la brume ;
Sur les bois noirs et sur les eaux
Où tout un peuple de roseaux
Frissonne au lever de la lune ;

Noël !... Sur la ferme là-bas,
Dont la vitre rouge étincelle,
Sur la grand-route où, seul et las,
Le voyageur double le pas,
Partout court la bonne nouvelle...

Oh ! ces carillons argentins
Dans les campagnes assombries,
Quels souvenirs doux et lointains,
Quels beaux soirs et quels doux matins
Ressuscitent leurs sonneries !

Jadis ils me versaient au cœur
Une allégresse chaude et tendre ;
J’ai beau vieillir et passer fleur,
Je retrouve joie et vigueur,
Aujourd’hui, rien qu’à les entendre...

Et cette musique de l’air,
Cette gaîté sonore et pleine,
Ce chœur mélodieux et clair
Qui s’en va dans la nuit d’hiver
Ensoleiller toute la plaine,

C’est l’œuvre de ce vieux sonneur
Qui, dans son clocher solitaire,
Fait tomber, ainsi qu’un vanneur,
Cette semence de bonheur
Sur tous les enfants de la terre.

 

André Theuriet


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L'univers d'Eliane : MES CHAUVES-SOURIS

Lundi 24 octobre 2016 @ 11:20:15

 

MES CHAUVES-SOURIS

 

Des chauves-souris

Se sont choisis

Mes vieux murs gris

Pour mettre leurs nids.

 

Tous les soirs, si

Je vis ici,

Je compte, ravi,

Toutes mes amies.

 

J’aime bien leurs cris,

Quand tombe la nuit

Et je traduis :

« Sortons d’ici ! »

 

Petit à p’tit,

Je les vois qui,

Pleines d’appétit,

Quittent leurs doux nids.

 

Alors, assis,

Seul, je les suis,

Quand les voici

Rasant ma vie.

 

Pendant la nuit,

Elles chassent, sans bruit,

Les insectes qui

Passent par ici.

 

Le noir fini,

Quand j’ai dormi,

Les revoici

Gagnant leurs nids.

 

Le jour, aussi,

Je sens leur vie,

Dès que je lis

Sous leurs abris.

 

Car une chipie,

Non sans mépris,

D’une crotte bénit

Mes cheveux gris.

 

Mais, mille mercis,

Belles chauves-souris,

Vos aujourd’huis

Réchauffent ma vie !

 

Robert Casanova

 


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L'univers d'Eliane : LE SOLEIL

Dimanche 17 juillet 2016 @ 10:47:26

 

LE SOLEIL 

 

Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

 

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Eveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le cœur immortel qui toujours veut fleurir !

 

Quand, ainsi qu’un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

 

Charles Baudelaire


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L'univers d'Eliane : L'HIRONDELLE

Mercredi 18 mai 2016 @ 16:09:31

 

L’Hirondelle

 

Sous le vieux pont, les hirondelles
Deux fois l'an bâtissent leurs nids ;
Le bonheur nous les rend fidèles,
Elles passent, oiseaux bénis,
Respectés par nos mains cruelles.

On aime à vous suivre des yeux,
Chasseresses de noir vêtues ;
Vos larges becs laborieux
S'ouvrent, et vos ailes pointues
Touchent la terre ou vont aux cieux !

Que de sveltesse et d'harmonie
Dans la courbe de vos essors,
Quand vous filez, ivres de vie,
Comme des flèches, sans efforts,
Avec une grâce infinie !

Les moucherons, danseurs légers,
Formant en l'air de fins nuages,
Valsent, ignorant les dangers ;
Mais dans vos becs prompts et sauvages,
Leurs bals d'un moment sont plongés.

Vos petits, dont la faim s'aiguise,
Ne savent pas voler encor ;
Dans leur nid, sous la voûte grise
Où l'eau jette ses reflets d'or,
Ils attendent, bec à la brise.

Tantôt par les grands jours brillants,
Vous planez, essaims circulaires,
Pleins de caprices ondulants,
Et l'on voit briller, taches claires,
Vos jolis petits ventres blancs ;

Tantôt, sûr présage de pluie,
Chantant haut, vous rasez le sol
Où l'insecte se réfugie,
Et vous frôlez dans votre vol
Les blancheurs de la route unie.

Que de coups d'aile et de travaux,
Petites mères hirondelles !
Que de soucis toujours nouveaux !
Et combien vous semblez cruelles
Aux mouches des airs et des eaux !

Mais quand septembre aux nuits voilées,
Mêlant du froid à ses douceurs,
Embrume forêts et vallées,
Pour émigrer avec vos sœurs,
Vous êtes bien vite assemblées.

Tristement nous irons vous voir
Vous grouper sur la vieille église
Au sommet doré par le soir,
Quand le rouge soleil s'enlise
Derrière un coteau déjà noir.

Le vieux pont de pierre, hirondelles,
Sera veuf de vos joyeux cris.
Et jusques aux feuilles nouvelles
N'aura, sous sa voûte aux tons gris,
Que le bruit des eaux éternelles !

 

Charles Grandmougin


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L'univers d'Eliane : AUX ARBRES

Lundi 18 janvier 2016 @ 15:35:11

AUX ARBRES

 

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! - vous m'avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d'eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m'occupent tout un jour.
La contemplation m'emplit le cœur d'amour.
Vous m'avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l'esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l'œil dans l'herbe profonde,
L'étude d'un atome et l'étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m'avez vu fuir l'homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s'élance,
Et je suis plein d'oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, - je vous atteste, ô bois aimés du ciel! -
J'ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon cœur est encor tel que le fit ma mère!


Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des autres sourds,
Ravins où l'on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m'entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c'est dans votre ombre et dans votre mystère,
C'est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m'endormirai.

 

Victor Hugo


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L'univers d'Eliane : MATIN D'OCTOBRE

Mercredi 30 septembre 2015 @ 15:29:20

 

Matin d’octobre

C'est l'heure exquise et matinale
Que rougit un soleil soudain.
A travers la brume automnale
Tombent les feuilles du jardin.

Leur chute est lente. Ou peut les suivre
Du regard en reconnaissant
Le chêne à sa feuille de cuivre,
L'érable à sa feuille de sang.

Les dernières, les plus rouillées,
Tombent des branches dépouillées :
Mais ce n'est pas l'hiver encor.

Une blonde lumière arrose
La nature, et, dans l'air tout rose,
On croirait qu'il neige de l'or.

 

François Coppée


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L'univers d'Eliane : VACANCES

Mercredi 24 juin 2015 @ 16:11:53

VACANCES

 

Tiède est le vent
Chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment

Blanc est le pain
Bleu est le ciel
Rouge est le vin
D’or est le miel

Odeurs de mer
Embruns, senteurs
Parfums de terre
D’algues, de fleurs

Gai est ton rire
Plaisant ton teint
Bons, les chemins
Pour nous conduire

Lumière sans voile
Jours à chanter
Millions d'étoiles
Nuits à danser

Légers, nos dires
Clairs, nos voix
Lourd, le désir
Pesants, nos bras

Tiède est le vent
chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment

Doux le moment...
Doux le moment...

 

ESTHER GRANEK


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L'univers d'Eliane : OEUFS DE PÂQUES

Vendredi 03 avril 2015 @ 16:06:34

 

ŒUFS DE PAQUES

Voici venir Pâques fleuries,
Et devant les confiseries
Les petits vagabonds s'arrêtent, envieux.
Ils lèchent leurs lèvres de rose
Tout en contemplant quelque chose
Qui met de la flamme à leurs yeux.

Leurs regards avides attaquent
Les magnifiques œufs de Pâques
Qui trônent, orgueilleux, dans les grands magasins,
Magnifiques, fermes et lisses,
Et que regardent en coulisse
Les poissons d'avril, leurs voisins.

Les uns sont blancs comme la neige.
Des copeaux soyeux les protègent.
Leurs flancs sont faits de sucre. Et l'on voit, à côté,
D'autres, montrant sur leurs flancs sombres
De chocolat brillant dans l'ombre,
De tout petits anges sculptés.

Les uns sont petits et graciles,
Il semble qu'il serait facile
D'en croquer plus d'un à la fois ;
Et d'autres, prenant bien leurs aises,
Unis, simples, pansus, obèses,
S'étalent comme des bourgeois.

Tous sont noués de faveurs roses.
On sent que mille bonnes choses
Logent dans leurs flancs spacieux
L'estomac et la poche vides,
Les pauvres petits, l'œil avide,
Semblent les savourer des yeux.

 

MARCEL PAGNOL


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L'univers d'Eliane : LE MATIN DES ETRENNES

Lundi 29 décembre 2014 @ 17:27:50

 

LE MATIN DES ÉTRENNES

 

Ah ! Quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun , pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quel songe étrange où l'on voyait joujoux,
Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s'éveillait matin, on se levait joyeux,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux ...
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher ...
On entrait ! ...puis alors les souhaits ... en chemise,
Les baisers répétés, et la gaieté permise !

 

ARTHUR RIMBAUD

 


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L'univers d'Eliane : VOICI QUE LA SAISON DÉCLINE

Samedi 20 septembre 2014 @ 16:59:46

 

 

VOICI QUE LA SAISON DÉCLINE

 

Voici que la saison décline,
L'ombre grandit, l'azur décroît,
Le vent fraîchit sur la colline,
L'oiseau frissonne, l'herbe a froid.

Août contre septembre lutte ;
L'océan n'a plus d'alcyon ;
Chaque jour perd une minute,
Chaque aurore pleure un rayon.

La mouche, comme prise au piège,
Est immobile à mon plafond ;
Et comme un blanc flocon de neige,
Petit à petit, l'été fond.

 

VICTOR HUGO


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L'univers d'Eliane : LE PRINTEMPS

Mercredi 28 mai 2014 @ 08:09:36





LE PRINTEMPS



Te voilà, rire du Printemps !

Les thyrses des lilas fleurissent.

Les amantes qui te chérissent

Délivrent leurs cheveux flottants.



Sous les rayons d'or éclatants

les anciens lierres se flétrissent.

Te voilà, rire du Printemps !

Les thyrses de lilas fleurissent.



Couchons-nous au bord des étangs,

Que nos maux amers se guérissent !

Mille espoirs fabuleux nourrissent

Nos cœurs gonflés et palpitants.

Te voilà, rire du Printemps !



THÉODORE DE BANVILLE


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L'univers d'Eliane : DIMANCHES

Mercredi 22 janvier 2014 @ 14:44:30





DIMANCHES



Morne l'après-midi des dimanches, l'hiver,

Dans l'assoupissement des villes de province,

Où quelque girouette inconsolable grince

Seule, au sommet des toits, comme un oiseau de fer !



Il flotte dans le vent on ne sait quelle angoisse !

De très rares passants s'en vont sur les trottoirs :

Prêtres, femmes du peuple en grands capuchons noirs,

Béguines revenant des saluts de paroisse.



Des visages de femme ennuyés sont collés

Aux carreaux, contemplant le vide et le silence,

Et quelques maigres fleurs, dans une somnolence,

Achèvent de mourir sur les châssis voilés.



Et par l'écartement des rideaux des fenêtres,

Dans les salons des grands hôtels patriciens

On peut voir, sur des fonds de gobelins anciens,

Dans de vieux cadres d'or, les portraits des ancêtres,



En fraise de dentelle, en pourpoint de velours,

Avec leur blason peint dans un coin de la toile,

Qui regardent au loin s'allumer une étoile

Et la ville dormir dans des silences lourds.



Et tous ces vieux hôtels sont vides et sont ternes ;

Le moyen âge mort se réfugie en eux ;

C'est ainsi que, le soir, le soleil lumineux

Se réfugie aussi dans les tristes lanternes.



Ô lanternes, gardant le souvenir du feu,

Le souvenir de la lumière disparue,

Si tristes dans le vide et le deuil de la rue

Qu'elles semblent brûler pour le convoi d'un Dieu !



Et voici que soudain les cloches agitées

Ébranlent le Beffroi debout dans son orgueil,

Et leurs sons, lourds d'airain, sur la ville au cercueil

Descendent lentement comme des pelletées !



GEORGES RODENBACH


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L'univers d'Eliane : LA GUENON, LE SINGE ET LA NOIX

Mardi 15 octobre 2013 @ 15:04:50





LA GUENON, LE SINGE ET LA NOIX



Une jeune guenon cueillit

Une noix dans sa coque verte ;

Elle y porte la dent, fait la grimace ... ah! certes,

Dit-elle, ma mère mentit

Quand elle m'assura que les noix étaient bonnes.

Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes

Qui trompent la jeunesse! Au diable soit le fruit !

Elle jette la noix. Un singe la ramasse,

Vite entre deux cailloux la casse,

L'épluche, la mange et lui dit :

Votre mère eut raison, ma mie :

Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir.

Souvenez-vous que, dans la vie,

Sans un peu de travail on n'a point de plaisir.



JEAN-PIERRE CLARIS DE FLORIAN


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L'univers d'Eliane : LES OIES SAUVAGES

Lundi 18 mars 2013 @ 11:50:47





LES OIES SAUVAGES



Tout est muet, l'oiseau ne jette plus ses cris.

La morne plaine est blanche au loin sous le ciel gris.

Seuls, les grands corbeaux noirs, qui vont cherchant leurs proies,

Fouillent du bec la neige et tachent sa pâleur.



Voilà qu'à l'horizon s'élève une clameur ;

Elle approche, elle vient, c'est la tribu des oies.

Ainsi qu'un trait lancé, toutes, le cou tendu,

Allant toujours plus vite, en leur vol éperdu,

Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.



Le guide qui conduit ces pèlerins des airs

Delà les océans, les bois et les déserts,

Comme pour exciter leur allure trop lente,

De moment en moment jette son cri perçant.



Comme un double ruban la caravane ondoie,

Bruit étrangement, et par le ciel déploie

Son grand triangle ailé qui va s'élargissant.



Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,

Engourdis par le froid, cheminent gravement.

Un enfant en haillons en sifflant les promène,

Comme de lourds vaisseaux balancés lentement.

Ils entendent le cri de la tribu qui passe,

Ils érigent leur tête ; et regardant s'enfuir

Les libres voyageurs au travers de l'espace,

Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.

Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,

Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,

A cet appel errant se lever grandissantes

La liberté première au fond du cœur dormant,

La fièvre de l'espace et des tièdes rivages.

Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,

Et jetant par le ciel des cris désespérés

Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages.



GUY DE MAUPASSANT


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L'univers d'Eliane : EN CE RUGUEUX HIVER...

Dimanche 10 février 2013 @ 17:33:52





EN CE RUGUEUX HIVER



En ce rugueux hiver où le soleil flottant

S'échoue à l'horizon comme une lourde épave,

J'aime à dire ton nom au timbre lent et grave

Quand l'horloge résonne aux coups profonds du temps.



Et plus je le redis, plus ma voix est ravie

Si bien que de ma lèvre, il descend dans mon coeur,

Et qu'il réveille en moi un plus ardent bonheur

Que les mots les plus doux que j'ai dits dans la vie.



Et devant l'aube neuve ou le soir qui s'endort

Je le répète avec ma voix toujours la même

Mais, dites, avec quelle ardeur forte et suprême

Je le prononcerai à l'heure de la mort !



ÉMILE VERHAEREN


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L'univers d'Eliane : UN JOUR D'HIVER

Dimanche 13 janvier 2013 @ 11:37:28





UN JOUR D'HIVER



Arqué haut sur les monts et d'un bleu sans nuages

Qu'un triomphant soleil embrase éblouissant,

Le ciel, par la vallée où la chaleur descend,

Anime, en plein hiver, la mort des paysages.



Il semble qu'ici, là, la mouche revoltige,

Tourne dans la poussière ardente du rayon ;

On va voir le martin-pêcheur, le papillon,

L'un raser le ruisseau, l'autre effleurer la tige !



Le ravin clair bénit l'horizon rallumé ;

Du branchage et du tronc l'arbre désembrumé

Contemple, radieux, le luisant de la pierre.



Et, dans l'espace, au loin, partout, les yeux surpris

Ont la sensation d'un été chauve et gris

Dont la stérilité rirait à la lumière..



MAURICE ROLLINAT


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L'univers d'Eliane : DIMANCHE MATIN

Dimanche 26 août 2012 @ 16:24:40





DIMANCHE MATIN



Oh! les éveils des bourgades sous l'or des branches,

Où courent la lumière et l'ombre - et les roseaux

Et les aiguilles d'or des insectes des eaux

Et les barres des ponts de bois et leurs croix blanches.



Et le pré plein de fleurs et l'écurie en planches

Et le bousculement des baquets et des seaux

Autour de la mangeoire où grouillent les pourceaux,

Et la servante, avec du cru soleil aux manches.



Ces nets éveils dans les matins! - Des mantelets,

Des bonnets blancs et des sarraus, par troupelets,

Gagnaient le bourg et son clocher couleur de craie.



Pommes et bigarreaux! - Et, par-dessus la haie

Luisaient les beaux fruits mûrs, et, dans le verger clair,

Brusque, comme un sursaut, claquait du linge en l'air.



ÉMILE VERHAEREN


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L'univers d'Eliane : SONNET

Lundi 09 avril 2012 @ 17:40:24





SONNET



Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,

Un amour éternel en un moment conçu :

Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,

Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.


Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,

Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.

Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,

N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

 

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,

Elle suit son chemin, distraite et sans entendre

Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

 

A l'austère devoir, pieusement fidèle,

Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle

" Quelle est donc cette femme ? " et ne comprendra pas.



FÉLIX ARVERS


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L'univers d'Eliane : LE SONNEUR

Lundi 03 mai 2010 @ 22:12:32





LE SONNEUR



Cependant que la cloche éveille sa voix claire

A l'air pur et limpide et profond du matin

Et passe sur l'enfant qui jette pour lui plaire

Un angelus parmi la lavande et le thym,


Le sonneur effleuré par l'oiseau qu'il éclaire,

Chevauchant tristement en geignant du latin

Sur la pierre qui tend la corde séculaire,

N'entend descendre à lui qu'un tintement lointain.

 

Je suis cet homme. Hélas! de la nuit désireuse,

J'ai beau tirer le câble à sonner l'Idéal,

De froids péchés s'ébat un plumage féal,

 

Et la voix ne me vient que par bribes et creuse!

Mais, un jour, fatigué d'avoir enfin tiré,

O Satan, j'ôterai la pierre et me pendrai.



STÉPHANE MALLARMÉ


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L'univers d'Eliane : L'ÉPOUVANTAIL

Vendredi 30 avril 2010 @ 22:54:31





L'ÉPOUVANTAIL



Sous son coquet chapeau de paille d'Italie,

Dès qu'elle se montrait, les moineaux, fol essaim,

S'en venaient picorer, dans le creux de sa main,

La cerise pour eux sur la branche cueillie.



Jamais cour plus fidèle et reine plus jolie !

La reine avait grand coeur ; sa cour avait grand'faim,

L'avare jardinier maugréait ; mais en vain

Il rêvait d'en finir avec cette folie.



Elle est morte. Un matin, le méchant jardinier

Du chapeau de l'enfant coiffe le cerisier,

Comme un épouvantail contre la gourmandise,



Artifice trompeur ! les oiseaux familiers

Pensant revoir leur soeur, accourent par milliers.

Le cerisier, le soir, n'eut plus une cerise.



JOSÉPHIN SOULARY


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