SOUVENIRS DU PARIS BREST PARIS 2007

Jeudi 20 janvier 2011 @ 17:02:48

 

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16ème PARIS BREST PARIS Randonneur
Organisé par l'AUDAX CLUB PARISIEN

Du 20 au 24 août 2007

 

J’ai décidé de participer pour la première fois à cette randonnée mythique qui se déroule depuis 1891.

C’est une randonnée touristique qui est organisée tous les quatre ans par l’Audax Club Parisien. Elle consiste à faire à vélo dans un délai de 90 heures l’aller et retour Paris-Brest-Paris, soit 1200 kilomètres total.

Le règlement n’indique pas d’articles auxquels je ne puisse pas répondre si ce n’est l’article 3 indiquant : ‘Les guidons triathlètes ainsi que toutes formes de prolongations sont interdits’ lequel m’oblige à enlever ce guidon, avec beaucoup de regret, pour cet événement. Avec l’aide morale et physique de mon club ACB, nous décidons de l’enlever à temps, toute de suite après l’accomplissement des brevets et avant quelques grandes promenades d’endurance, comme les 600 kilomètres de l’Ardéchoise, de façon que je puisse m’y habituer.

Afin de pouvoir participer, il faut être qualifié, c’est-à-dire, avec l’inscription, il faut soumettre les documents, prouvant avoir réalisé les distances des brevets de 200 – 300 – 400 et 600 kilomètres de longueur.

Si la santé, la condition et l’expérience de l’année dernière se maintiennent, la réalisation d’un Paris-Brest-Paris ne devrait pas poser de problème.

Alors pour bien me préparer à cette manifestation, et rouler en groupes, chose inhabituelle pour moi, j’ai fait les brevets suivants :

  • 200 km : Orléans le 4 mars
  • 200 km : Châteaudun le 11 mars
  • 200 km : Cholet le 18 mars
  • 200 km : Chartres le 25 mars
  • 200 km : Angers le 1 avril
  • 300 km : Mortagne au Perche le 8 avril
  • 300 km : Cholet le 15 avril
  • 300 km : Angers le 21 avril
  • 300 km : Tours le 29 avril
  • 400 km : Angers le 6 mai
  • 600 km : Angers le 2 juin

 

 

Avec la feuille d’inscription je reçois également un additif qui me renseigne comme suit :
«En cas de trop grande affluence à P.B.P. 2007, l’Audax Club Parisien se réserve le droit de limiter le nombre d’inscriptions, en particulier pour le départ de 90 heures qui ne pourra dépasser 3.000 inscrits. Il est donc fortement conseillé de choisir le départ de 84 heures (5 h. du matin le mardi) qui, de plus, vous permettra d’éviter les files d’attente aux contrôles».

Etant donné que je voudrais rouler ‘tranquillement’ et assister à tous les départs, je m’inscris pour les 84 heures et non les 90 heures. Le fait de partir en dernier me permet en plus, d’éprouver et de m’imprégner pleinement de l’ambiance que dégage cette manifestation dans la Communauté d’Agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Depuis 15 ans, Guyancourt (une des 7 communes de la Communauté d’Agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines) se mobilise autour du Paris-Brest-Paris Randonneur et une fois de plus c’est le lieu de départ et d'arrivée.

En participant à cette épreuve exceptionnelle, dite "bâton de maréchal" du randonneur, je vais mesurer mes capacités physiques et surtout morales avec tant d’autres. Tout en cherchant à obtenir le meilleur de moi-même, j’essaierai simplement de rallier l’arrivée… mais j’aurai toujours le sentiment de vivre une aventure alliant l’entraide et la convivialité qui font de ce monument d’endurance bien plus qu’une simple randonnée. Je ne cherche pas une place d’honneur, pas de podium ; seul le plaisir de ce défi me permettra de surmonter les souffrances et le moment magique de l’arrivée effacera certainement les moments de doute sur les routes de cette belle partie de France. Je sais que je ne serai pas seul sur les routes : en compagnie de milliers de participants, venus de toute la planète, j’apprécierai les charmes du pays et je sais que nous roulons tous vers le même but : atteindre Brest et revenir à Paris. Nous, cyclistes ne seront pas seuls : de nombreux spectateurs, peut-être admirateurs, nous encourageront tout au long de la route, voire nous ravitailleront afin de nous permettre d'atteindre le but fixé. Il faut remercier ces milliers de gens, mais nos remerciements doivent aller encore en plus grand nombre vers les bénévoles qui nous accueilleront et nous guideront du premier au dernier jour, 24 heures sur 24.

Le départ sera donné à Guyancourt : Pour mieux connaître la situation actuelle je me suis abonné, il y a quelque temps, sur la lettre d’information de la commune, une lettre avec un contenu moderne et qui me renseigne sur les activités de celle-ci et sur les préparatifs du PBP et où l’on peut même téléphoner au maire, monsieur François Detigné, tous les mercredis.

Après des années d'évolution constante, cette ville est arrivée aujourd'hui à maturité. Avec 28.600 habitants et un âge moyen inférieur à trente ans, elle est l’une des plus jeunes de France.

De nombreux jeunes couples arrivés dans les dernières décennies du siècle dernier y ont construit leur vie et fondé une famille. La ville les a alors accompagnés, en développant les services et les équipements publics. Les habitations variées sont lumineuses et éparpillées d’une façon harmonieuse.

Par exemple, dans le quartier des Saules où l’on sera garé avant le départ, il y a autour d’une petite place avec un petit plan d’eau des gradins en pierre où les gens peuvent s’asseoir et admirer la verdure et nombre de jardinières magnifiquement fleuries.

Voir les {photos.1+2+3}

Par courriel j’avais reçu mon ‘Accusé d’inscription FR-913’
Mon numéro de plaque de cadre est : 5 0 8 3
La Communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines a initié la création d'un PASS culture pour les participants du Paris-Brest-Paris. Il nous sera remis gratuitement à partir du 17 juillet à l'Office d'information de Saint-Quentin-en-Yvelines ou directement lors du contrôle vélo, le 19 août. Il nous permettra de visiter certains des hauts lieux touristiques du secteur en bénéficiant de tarifs privilégiés (20 % pour le randonneur et 4 accompagnateurs à France Miniature, une entrée gratuite pour le randonneur et 3 € pour toute personne l'accompagnant au Potager du Roi à Versailles, une entrée gratuite pour le randonneur au château de Breteuil, etc.).

Maintenant passons au récit :
Le dimanche matin est arrivé et ce 19 août ma femme et moi, partons en voiture à 9 heures de Nouâtre par la RN.10, maintenant la D.910 Nous avons le temps jusqu’à 14.00 heures pour prendre le dossier et pour passer au contrôle de vélo. Le temps ne nous est pas favorable, alternance d’averses et de nuages. Je suis content parce que tout ce qui tombe maintenant ne peut plus tomber plus tard. A Guyancourt nous nous garons dans le quartier des Saules, décrit ci-dessus et face au gymnase des droits de l’homme.

A 14 heures, je vais au contrôle où je mets mon vélo à la consigne. {Photo.4}.

Bonne organisation : numéro de contrôle sur guidon et sur le papier personnel.

C’est beaucoup mieux organisé qu’à l’Ardéchoise où je me suis fait voler le vélo dans la consigne même de l’Ardéchoise, au mois de juin de cette année, et cela seulement par un manque d’organisation. Dommage.

Aujourd’hui je ne reçois que le dossier, le contrôle de lumières se fera au moment du départ. A l’intérieur du gymnase je me présente à la section française {photo.5}

pour le retrait du dossier : tous mes papiers de route se trouvent bien chez eux mais pour la signature de réception de ce dossier, mon nom se trouve à la section néerlandaise. {photo.6} Je constate une organisation détaillée par nationalités. {voir statistiques + photo.7}

Parmi les documents se trouve entre autres une carte de route manuelle, que l’on doit faire estampiller à chaque contrôle, ainsi qu’une petite carte, forme d’une carte de crédit, qui contient des données, une sorte de code barre imprimé, que chaque participant présente au pointeur ou pointeuse pour se faire enregistrer directement sur Internet. Ceci fait connaître aux intéressés, la position immédiate du cycliste
Quelque temps plus tard nous quittons le bâtiment et dehors une voix connue m’interpelle : c’est Philippe ! {photo.8}

Nous discutons quelques instants sur le périple à faire et notre condition physique.

De retour à la voiture, il faut un coin maintenant pour se reposer. Tous les campings sont bondés. Après quelques recherches nous trouvons un coin tranquille sur le parking de l’abbaye de Port Royal. {photos.9+10}

Dans la forêt domaniale de Port-Royal nous allons faire d’abord une promenade à pied. Cette forêt possède une histoire riche et prestigieuse. L’ensemble du territoire de Saint-Quentin-en-Yvelines constituait autrefois une zone marécageuse et un domaine forestier. Les noms des communes de Voisins-le-Bretonneux et de Montigny-le-Bretonneux en témoignent, puisque ‘Bretonneux’ vient du francique ‘marécage’.

La création de l’abbaye de Port-Royal. En 1003, Robert-le-Pieux confirme la donation faite à l’abbaye de Saint-Denis par la reine Adélaïde, sa mère, de la ville (…) L'abbaye a été détruite au début de la décennie 1710 par décision de Louis XIV: les religieuses furent dispersées, les cendres des défunts reposant dans le cimetière exhumées, les bâtiments ruinés.

Le lendemain nous sommes de nouveau présents à 14.00 heures aux Saules pour se garer exactement au même endroit qu’hier et là nous y resterons jusqu’au départ du mardi matin. Nous ne sommes pas les seuls. Les camping cars et autres voitures ont pris d’assaut le quartier et la population reste quand même sympa envers nous. Repos et repas en attendant le premier départ de 20.00 heures. Nous assistons aux préparatifs {photo.11},

et en début de soirée nous nous installons sur la ligne de départ face aux officiels. L’ensemble est très bien géré, chaque groupe d’à peu près 700 personnes part à la minute près chaque 20 minutes. {photo.14} L’ambiance est conviviale, {photo.12} Entre chaque départ il y a des animations de cirque. {photos.13+15}

Philippe partira dans le groupe de 21.30 heures mais dans le noir on n’arrivera pas à le distinguer. {photo.16} Il y a un vélo mobile jaune d’un néerlandais, qui après seulement une dizaine de mètres tombe en panne et cela après le quart du rond point, il s’arrête. Heureusement pour lui que le service technique français pourra le secourir immédiatement. Une demi-heure plus tard il pouvait reprendre la route.

Une fois les troupeaux partis, j’avais envie de les suivre. Un sentiment de solitude me saisit et en plus c’est comme si je commence à prendre du retard. A côté de la ligne de départ se trouve quelques stands dont un stand spécial sur la Mayenne. Je me suis procuré le guide de cette région entre la Bretagne et la Normandie. J’ai l’intention de visiter ce pays d’art et d’histoire en vélo l’année prochaine. Qui m’accompagne ?

Nous ne resterons pas pour le feu d’artifice car dormir est primordial pour le départ du lendemain.

Le réveil mardi matin à 3.30 heures, dernière préparation du vélo, petit repas, café chaud et à 4.30 je me trouve au gymnase pour le contrôle des lumières.
Aujourd’hui il n’y a que deux départs.

A 4.45 les vélos tandems, triplettes et tous les vélos spéciaux. {photo.17}

A 5.00 heures les vélos solos. {photos.18+19} Avant le départ je dois faire valider ma carte de route. Je me trouve parmi des centaines de cyclistes qui attendent le départ.

Ce matin, pas d’animations, pas de tintamare, pas d’officiels mais les proches des coureurs. En silence nous sommes vite partis. Quelle différence avec hier soir. Heureusement que j’ai juste pu dire au revoir à ma femme en partant. Quittant le rond-point, le chemin à prendre n’est pas large. Hier soir il y en avait plusieurs qui voulaient déjà passer à toute allure ce rétrécissement . . . et tous en même temps . . . cela ne va vraiment pas. Aucun accident heureusement.

Maintenant, les choses sérieuses commencent : le ‘warming-up’, voir si je me sens en forme. Il fait noir et frisquet. Enfin, il ne pleut pas et c’est cela qui compte. Je me préchauffe vite. Les chemins inconnus sont dangereux dans la nuit et d’après l’organisation pleins d’obstacles pendant les premiers 50 kilomètres jusqu’à Gambais. Nous sommes accompagnés par des motards. Je les vois surveiller la circulation et nous donner la priorité aux carrefours. Je pense que nous sommes à peu près 600 à 700 cyclistes. Des cyclistes ; devant, derrière, sur les cotés ; impossible d’échapper. Je me laisse entraîner et surtout ne pas me fatiguer. Cette fois-ci il m’est impossible de me tromper de route comme cela m’est arrivé plusieurs fois pendant les brevets. Je souris tout seul. C’est du passé maintenant.

Après le village de Gambais, les obstacles comme des ralentisseurs sont enfin finis. Le troupeau de cyclistes commence à se disperser lentement et on commence à respirer, c’est-à-dire se détendre. Avec le levée du jour je vois mieux les cyclistes autour de moi. Le paysage n’a pas l’air choquant. On se parle peu et chacun a l’air de rouler pour lui-même. Autour de moi je ne vois même pas de groupes organisés. Ce que je vois c’est le vélo mobile jaune du néerlandais qui apparemment n’avance pas vite. Il n’est qu’ici. En doublant je lui lance les mots : ‘ça marche’ ? Il ne répond même pas (oh ! il a certainement une mauvaise humeur). Espérons qu’il arrivera à destination. Je file.

D’après la carte de route le premier ravitaillement se trouve à Montagne au Perche, à 140 kilomètres. Sur l’aller à Brest nous allons rencontrer deux contrôle secrets ! Je me demande comment il faut interpréter le mot ‘secret’ puisqu’il me semble difficile de dissimuler un contrôle quand des milliers de cyclistes sont concernés. Enfin je verrai bien.

Sans aucun problème, Mortagne-au-Perche approche. Les panneaux de PBP sont bien visibles et sur la butte de Mortagne se trouve le ravitaillement dans un centre des sports avec autour du bâtiment des stands publicitaires bâchés, et où tout le monde se gare à gauche et à droite pour aller manger, boire et se détendre un peu. Comme je m’attends un peu à un contrôle secret, je m’arrête aussi. Etant donné qu’il n’y a rien comme contrôle autour du bâtiment, je rentre avec les cyclistes à l’intérieur du bâtiment et je ne vois que des possibilités de restauration payante. Alors je me mets à une grande table, à côté d’un individu qui avait l’air un peu fatigué déjà ; j’enlève mon sac à dos et commence à manger mon pain, soigneusement préparé par ma femme Eliane. J’ai du choix entre différentes sortes de fromages, pain d’épice et des croquettes de gâteaux nourrissants. Ces croquettes au goût de citron ou de noix sont faites par Eliane, qui a reçu la recette de Claude, notre copain cycliste des montagnes dans le Dauphiné. Derrière moi, la table est occupée par une dizaine d’Américains. J’écoute leur conversation. Ils ont des accompagnateurs/trices à leurs disposition. Les cyclistes commandent et une accompagnatrice exécute. Elle cherche l’alimentation demandée pour ne pas fatiguer le gars ? Je les trouve bruyants. Après avoir mangé mon pain je prends une compote de pomme de mon sac., une petite cuillère et mange mon dessert. En peu de temps je suis prêt et décide de ne perdre de temps après seulement 140 km donc je repars.

De nouveau sur mon vélo, je descends de Mortagne vers Villaines la Juhel. Au fait, je me rends compte qu’il n’y n’avait pas de contrôle à Mortagne. Mais est-ce que j’ai bien regardé ? Tout à coup je me fais des idées de l’avoir loupé. Je ne suis pas tranquille. Je calcule : imaginez que je ne l’ai pas vu à Mortagne. Combien de kilomètres faudrait-il faire en plus à partir du contrôle suivant? Villaines-la-Juhel à Mortagne et de Mortagne à Villaines-la-Juhel = 2 fois 82 km = 164 km. Je le ferais en vélo ou en voiture ? Tout en pédalant je réfléchis à la question. Pour me rassurer, il suffirait que je demande à un cycliste . . . mais non, je continue.

C’est une belle journée pour moi ; un temps sec, très nuageux, pas trop chaud, le vent est faible, côté nord-ouest. Je ne sais pas encore le temps à venir car je n’ai pas écouté la météo. Les premiers 140 km jusqu’à Mortagne se sont bien passés. La tête va bien, le corps va bien et je me sens en forme. Je ne me fatigue pas. Le vélo est également en forme, si ce n’est le compteur qui commence à varier l’indication de la vitesse malgré que je roule à vitesse constante. La situation s’aggrave même et quelque temps après c’est l’arrêt complet. Ce n’est pas grave, puisque je connais la distance à parcourir. Si le compteur n’indique pas les données du moment, il indique toujours l’heure. Après tout, c’est même mieux puisque l’heure est plus visible que sur ma montre.

Oh ! oh ! Tout doucement le temps se gâte et une pluie fine commence à tomber. J’ai mis le coupe-vent qui rejette les gouttelettes dans le vent et par conséquent empêche le corps de s’humidifier. C’est dommage quand même. Les gouttelettes sur les lunettes à double verres m’empêchent de voir bien clair ce qui est plus gênant. La route est légèrement vallonnée et m’incite à bien calculer la force musculaire sur les pédales. Alors tantôt je roule vite, tantôt je roule lentement. Entre temps les noms de villes et villages défilent. Bellême, Mamers, Fresnay-sur-Sarthe. Je vois même un panneau, indiquant ‘Alpes Mancelles’. Et je pense en moi-même, quand est-ce que je ferai les routes autour de St.Léonard-des-Bois que je ne connais pas encore ? Devant moi, une longue file de cyclistes glisse dans le paysage, derrière moi . . . la même chose.

Villaines-la-Juhel approche et voilà le pointage. (222 km) Quand je descends du vélo, je me rends compte que les mains commencent à être moins souples, ce qui m’empêchent de sortir facilement la carte de route de sa cartouche plastique pour la faire tamponner. Alors je donne l’ensemble à la dame du contrôle qui comprend toute de suite mon handicap. Ce mauvais sentiment dans les mains partira assez vite, mais me signale que je dois me masser les mains au guidon afin d’empêcher l’engourdissement. Le manque de mon guidon triathlète se fait sentir.
Je me promène parmi tous les cyclos vers la sortie et cherche mon vélo. Depuis le vol à l’Ardéchoise je le guette un peu plus. En arrivant au contrôle, je l’avais suspendu avec les cocottes aux barres Vauban près d’une poubelle. Pour moi c’est le moyen de reconnaître l‘endroit de loin et de mieux le surveiller parmi tous ces vélos. Aux personnes à côté qui regardent avec un air amusé, je dis que je ne mets pas le vélo à la poubelle, ce qui les fait rire. Après les premiers 200 kilomètres, j’en suis sûr, la forme est là et je me sens bien. Je repars, d’ailleurs c’était bien le premier contrôle. En plus je suis bien à l’heure prévue, d’après mes calculs établis avant le départ. J’ai calculé le premier jour de faire plus ou moins 500 km, le deuxième jour 400 km et le dernier jour, les derniers 325 km. Pour ne pas prendre du retard, j’ai donné rendez-vous à Eliane au village Le Ribay, une vingtaine de kilomètres plus loin, au carrefour avec la N.12, la route qui relie la Mayenne avec Alençon. En arrivant seul à ce carrefour dangereux, où je vois ma femme de loin, la circulation est réglée par un motard qui, en me voyant, me fait signe que je peux garder la vitesse et traverser la route en toute sécurité et sans le besoin de freiner. {Photos.20+21}

Avec le bras je lui fait signe que je m’arrête ici. Le temps s’est amélioré. Il ne pleut plus du tout et le soleil se fait même voir. J’arrête à la voiture, monte derrière et me couche sur le lit pour me détendre. Il est 15h15, pendant ce temps là, Eliane prépare des petits pains, vanille et compote de pomme. Après quelques bons verres de café avec tartelette aux abricots, je repars à 15h50 un peu à contre cœur car le soleil me fait un peu somnoler. Après dix minutes de vélo, je me suis réhabitué au rythme. Avec l’estomac bien rempli je sens que je peux tenir facilement jusqu’à Fougères. Tout au long du trajet, je m’étonne de voir des personnes intéressées à nous voir passer. Ils nous encouragent et je leur adresse un bonjour, un salut ou un petit mot. Des fois je tends la main pour que les enfants puissent taper dans la paume. Il y en a même qui nous offrent des biscuits ou autre petite galette. L’Organisation fait passer les cyclistes par des petits chemins agréables dans la campagne avec peu, même très peu de circulation. Je suis doublé de temps en temps par un ou plusieurs cyclistes ou je double moi même un ou plusieurs cyclistes pour dire que je ne vois pas de groupes organisés. C’est pour moi une déception puisque j’aurai espéré roulé en groupe pour éviter le contre-vent.

Hélas, chacun roule seul ou en groupe désordonné. Le vent du nord-ouest me gêne un peu et je ne veux pas épuiser les forces. Et pourtant j’aimerais augmenter la moyenne.

J’arrive au contrôle à Fougères à 17.45 sans aucun ennui. Je téléphone à ma femme. Elle se trouve à la sortie de la ville, dans un centre des magasins, sur le parking de la Farfouille et voit passer les cyclistes. Je pointe et repars immédiatement. Je traverse la ville tout en regardant autour de moi. Je descends une côte assez agréable, traverse le ruisseau, appelé, le Couesnon, et monte aussitôt la côte raide de l’autre côté de la petite vallée. Je calcule que cela pourrait être 15 à 18 %. Arrivé en haut de la côte, le petit chemin continue dans la campagne. Mais le parking de la Farfouille où est-il ! Je n’ai rien vu du tout. Je sors mon portable et appelle ma femme qui me confie qu’elle voit passer cycliste après cycliste. Je suis déçu. Je me suis trompé certainement. C’est incroyable. Je tourne le vélo et refais le même chemin vers le centre ville. Je pense à la côte à faire de nouveau et me voilà dans la descente mais après le ruisseau il me faudra remonter. Je me presse un peu, je mets mon énergie dans la montée de la côte.

J’approche une camionnette garée sur le côté. Attention, il y a des cyclistes venant de face maintenant et il faut surtout éviter tout accident. Soudain je remarque que de la camionnette, ils sont en train de filmer. . . . moi, comme si je suis le cycliste qui rentre déjà vers Paris. Je suis leur cible. Quelle erreur de leur part. S’ils savaient ! Arrivé de nouveau à Fougères je fais les chemins à contre sens, je passe au contrôle, traverse la ville jusqu’à la sortie en regardant dans toutes les rues et . . , sans voir ce magasin Farfouille. J’arrête sur un chemin de traverse pour téléphoner de nouveau à ma femme. Pendant que je téléphone, les gens viennent à mon secours, croyant que je me suis trompé de route et ils essaient à me mettre sur la bonne piste. Je leur dit que je connais la route, mais envers les étrangers ils ont l’air d’insister un peu plus. Petite altercation avec ma femme, chacun son explication bilingue. Alors le mieux c’est de changer le point de rencontre. On se donne un nouveau rendez-vous au village suivant. Je recommence à traverser la ville. Cette fois-ci, je coupe le rond-point ovale du centre, passe le point de contrôle où l’on veut me faire pointer de nouveau et quitte la ville par, la même côte abrupte que je connais bien maintenant. En dehors de la ville je me rends compte que, là, j’ai perdu pas mal de temps. J’ai fait quelques kilomètres en plus sur le total et j’ai fait quelque fois la même côte. Heureusement que les jambes sont bonnes et que je me sens bien, un peu énervé seulement. La campagne me tranquillise mais quand même, je me demande où se trouve la Farfouille à Fougères. La réponse ne va pas tarder. Deux kilomètres plus loin se trouve la zone d’activités de la ville. Ma femme n’avait pas réagi sur notre nouveau rendez-vous. Elle était sûre que je devrais passer, ici, au parking de . . . la Farfouille. Je la distingue de loin. J’ai tout compris. Il est 18h45. {photo.22}

Je mange une soupe et des raviolis, me repose un peu et me prépare pour la nuit. C’est le soir maintenant. Je m’habille chaud et je repars à 21heures. {photo.23} Prochain rendez-vous à Illifaut.

Est-ce que le fait de connaître la route, que j’ai fait pendant le brevet de 600 km, pour cette nuit, va m’aider ? Je vais passer par Sens-de-Bretagne et Feins à Tinténiac. Contrôle après 365 km. Dans le noir complet le contrôle se fait, sans attendre, en toute tranquillité et le vélo ne risque pas de refroidir. Je pointe et je repars. La route passe par St. Méen-le-Grand. C’est ici où j’ai demandé lors du brevet des 600 kilomètres, la route pour Loscouêt et où l’on m’a envoyé par deux reprises à Le Grouais, un village à l’opposé. J’ai appris qu’il faut bien articuler et bien prononcer les mots, sinon . . . bonjour les kilomètres supplémentaires. Maintenant je roule dans le noir toute de suite dans la bonne direction et remarque que les routes sont bien indiquées par l’organisation. Les souvenirs du brevet remontent à l’esprit. Mais aucun cycliste autour de moi avec qui je peux parler sur ce périple. Il n’y a que ceux des Randonneurs Cyclistes d’Anjou qui pourraient me comprendre. Les gars peuvent être fiers de leur guide, monsieur Jean-Claude Chabirand qui est un véritable pilote, qui a l’air de connaître tous les chemins par cœur. Et maintenant je remarque que depuis le départ, je ne les ai pas vus. Quant à moi ils sont tous partis, le lundi soir. J’arrive à Illifaut à 1h30. Eliane est à son poste. Je dors une heure ; bois du café et repars à 3 heures. Le prochain contrôle, à Loudéac, arrive après 450 km. Sans problème je traverse la ville dans la nuit et voilà le contrôle où nombre de bénévoles nous guident vers le bâtiment de pointage. Sont-ils au courant des erreurs que j’ai pu faire pendant mes brevets ? Je suis content de reconnaître les chemins même dans le noir. Je vais traverser beaucoup de bois et de petits villages et cela jusqu’à Corlay. Je me souviens bien que pendant le brevet de 600 km j’étais heureux de retrouver à Corlay l’équipe d’une vingtaine de cyclos des Randonneurs Cyclistes d’Anjou le soir à 22 heures pour faire toute la nuit en vélo ensemble . . . eh bien sûr avec Jean-Claude et Nicole Chabirand sur tandem à la tête du peloton. Maintenant ce n’est pas possible de se tromper. Tout est bien indiqué et je connais la route. Corlay approche déjà, la route à l’entrée du bourg, de plus de 1000 habitants, descend ; idéal pour prendre de la vitesse ; après je tourne à gauche vers la place au centre et . . . quelqu’un au milieu de la route pour nous freiner et guider vers la place, à côté du bureau de la poste, où il se trouve un contrôle ‘secret’. Dommage de la vitesse. J’arrête sur la place, m’installe à l’arrière de la file pour pointer, sors la carte de route et pointe enfin.

Corlay est un site gallo-romain et lié à l’histoire du château construit au 12ème siècle ; détruit pendant les guerres bretonnes des 13ème et 14ème siècles ; reconstruit par Jean de Rohan et démantelé sur ordre d’Henri IV en 1598.


Le temps est nuageux, pas de pluie mais le vent est modéré du coté nord-ouest toujours. Avant de repartir à 11h40, je me repose le temps qu’Eliane prépare à manger. {photo.24}

Le menu soupe et poulet, pâtes avec sauce bolognaise. Depuis la voiture je peux voir partir les cyclistes pour Brest. Le vent sera contre ; je repars suivant un petit groupe pour essayer de m’accrocher et rouler plus vite. Dans les rues de la ville, il y a de la circulation. Comme depuis le début, les cyclistes roulent d’une façon chaotique. Cela me fatigue et peu de temps après je décide de les laisser partir. Tout seul je roule tranquillement à ma vitesse. Je me suis bien rendu compte que je suis un rouleur, habitué à rouler seul. Je regarde les panneaux. Après avoir lutté contre ce vent irrégulier, je suis curieux de voir combien de kilomètres j’ai encore à faire jusqu’à Brest. Le premier panneau indiquant Brest, mentionne 40 km. C’est plus loin que je pense. Je continue au milieu de la nature. La petite ville de Sizun a l’air touristique, vu le nombre de cyclistes arrêtés dans les rues, on dirait que nous avons pris possession de cette petite ville. Je me demande si les habitants apprécient tout cela. Sur le retour je m’y arrêterai, pour voir un peu les bâtiments historiques et manger quelque chose. Pour l’instant je pédale pour Brest. Quand j’arrive enfin par le côté sud à Brest, je découvre une belle vue, impressionnante sur la ville, ses ponts et son estuaire.

Le Pont Albert-Louppe, parallèle au pont de l’Iroise, fut construit entre 1922 et 1930 au dessus de l’embouchure de l’Elorn dans la rade de Brest, une grande baie de 150 km². Le pont tient son nom de l’ancien sénateur du Finistère et ingénieur Jules Albert-Louppe, né le 16 juin 1856 et décédé le 5 juillet 1927. Le 9 octobre 1930 le pont est inauguré par le président de la République française Gaston Doumergue.

En 1994, alors que le pont en deux fois une voie connaissait un trafic moyen de 28.000 véhicules par jour, il y avait de fréquent bouchons qui gênaient les habitants de Plougastel et des alentours pour aller travailler à Brest, c’est pour cela qu’a été construit le second pont de Plougastel, le pont de l’Iroise. Ce second pont signe la fin de la circulation automobile sur le pont Louppe; le pont est maintenant réservé aux deux-roues et aux piétons.

Le pont de l’Iroise, construit entre 1991 et 1994 supplée l’ancien pont Albert-Louppe.

Dommage que je n’ai pas porté l’appareil photo avec moi. Arrosé par un beau soleil, je descends en vélo du haut de la côte vers les ponts.

La moitié du périple est accomplie. A Brest, il existe deux aventures à faire pour les sportifs : balade dans les arbres entre 3 et 15 mètres de hauteur et via ferrata et tyroliennes de 200 mètres au dessus de la mer au fort Berthaume.

Il se paraît que ce sont deux sensations inoubliables.

On verra ça plus tard. Pour l’instant, je traverse l’estuaire et remonte la ville vers le côté nord où se trouve le pointage. (615 km). Des cyclistes se font photographier devant le panneau de la ville de Brest. Le soleil en fait une belle journée de vacances. Le jardin qui entoure le bâtiment de pointage, est occupé par de nombreux cyclistes allongés sur le gazon. Là aussi, un cycliste crie mon nom au moment où j’atteints la porte d’entrée de pointage. Je regarde, ne vois que des cyclistes, pense que cela doit être Philippe et j’irai le voir après le pointage. Je suis curieux de savoir comment lui il se sent à mi-chemin. Après le pointage, où je reçois un bon pour obtenir une boisson gratuite, je me mets dans une mauvaise file de cyclistes pour obtenir cette boisson gratuite. En même temps, je parle plus longtemps que prévu avec un cycliste canadien de Vancouver sur ses périples en vélo en Europe. Quand je sors enfin, je cherche Philippe du côté où j’avais entendu la voix. Je cherche mais je n’arrive pas à le voir. Bien sûr Philippe doit être parti. Il a eu raison de ne pas m’attendre. Je repars sans me reposer. Il est 17h15, le beau soleil commence à chauffer. Que c’est agréable. A la sortie de Brest, un cycliste sur le côté de la route qui enlève ses vêtements chauds. Après l’avoir doublé je me rends compte que cela pourrait être Philippe. Un peu plus loin, je décide également d’enlever le maillot chaud. En même temps, j’attends Philippe pour rouler un peu ensemble et échanger un peu de nos idées sur le PBP. En attendant je mange une banane. Cela nourrit bien et laisse un bon goût. Ne voyant pas arriver Philippe, je commence à douter de moi-même et repars. Le vent est bien dans le dos maintenant. Quel contentement intense. La vitesse est bien élevée sur la route légèrement vallonnée. Je roule très vite par rapport à l’aller. Seulement le temps à l’intérieur du pays est moins brillant. Mais cela ne me tracasse pas. Sizun, un village de plus de 2000 habitants approche vite et c’est là, où je vais m’arrêter seulement.

Je traverse le centre tout doucement en regardant bien autour de moi. Peut-être je verrais même Philippe ici.

Sizun, au pied des Monts d’Arrée, compte environ 2200 habitants. Le nom Sizun remonte à une haute antiquité, celtique sans doute, possède quelques vestiges préhistoriques et historiques ; mais, de nos jours, ce qui fait la célébrité de la commune, c’est son magnifique enclos paroissial qu’elle doit à la prospérité du lin dont elle a joui au 16ième , 17ième et au début du 18ième siècle. Plus de 35 fabriques ont été dénombrées à l’époque.

Je m’arrête pour manger dans l'enclos paroissial (comprenant : l'Arc de triomphe, l'Ossuaire, l'église, la sacristie et le clocher d'une hauteur de 56 m), classé Monument Historique, et le musée d'art et traditions populaires et qui reçoivent environ 80.000 visiteurs par an.

L'enclos paroissial de Saint-Suliau, dédié à Saint Suliau ou Suliac, moine évêque, venant du Pays de Galles au 6ème siècle ; L'arc de triomphe 1585 - 1588 C'est le plus beau du genre en Bretagne - très représentatif de l'art de la Renaissance bretonne ; copie de l'arc de triomphe au jardin des Tuileries à Paris en 1989 L'ossuaire 1585 ; Le musée d'art et traditions populaires dans l'Ossuaire.

Dans cet enclos, c’est sur un banc en pierre, que je sors de mon sac à dos de quoi manger. En 1950, des crêpières de Sizun découvrirent le secret de conservation de la crêpe qui permet de la garder souple et appétissante pendant plusieurs semaines. C'est à ce secret de fabrication que la crêpe bretonne doit sa renommée.
En 1951, un Sizunien, conscient de cette richesse pour l'économie locale eut l'idée de commercialiser la crêpe. L'industrie de la crêpe était née. Sizun avec ses crêpières a été le promoteur de la fabrication et de la commercialisation industrielle de la crêpe. Dans les années 60, vingt-sept crêpières oeuvraient sur Sizun.

Je comprends maintenant pourquoi il y a tant de cyclistes arrêtés. Si je vous dit qu’il y a la crêperie de l’Argoat, l’auberge Milin Kerroch’h, la pizzeria l’Orée des Monts ainsi que deux restaurants, le restaurant des Quatre Saisons et le restaurant Les Voyageurs, c’est qu’on aime bien manger par ici. C’est sûr, je passerai un autre jour pour y faire des petites vacances. Pour l’instant je me contente de manger une salade niçoise, du riz et semoule au lait, de la compote de pomme, tout en regardant les bâtiments historiques. Si l’on savait tout ce qui s’est déroulé dans ce coin . . . Je suis le seul cycliste qui s’est assis dans ce jardin. Tous les autres restent dans les rues du centre au bruit de la circulation. Moi, je ne peux pas trouver mieux. Je prends tout mon temps comme s’il n y a pas de course.

A contre cœur, je reprends le vélo, sors de l’enclos et me remets en marche vers Carhaix. Je pense qu’il y a presque 50 km à faire, mais cette fois-ci avec le vent dans le dos. Tout va bien et vite si ce n’est que dans le ciel de grosses plaques noires se détachent. C’est une bonne averse qui pourrait venir. Par sécurité je téléphone à ma femme pour savoir le temps sur Carhaix. Il ne pleut pas là-bas donc j’arriverai avant le soir à Carhaix où je retrouve ma femme à 21heures, parquée au même endroit qu’en partant. Le temps se gâte. La bruine commence à tomber et ne promet rien de bon. Heureusement je suis dans la voiture et pense que ce n’est qu’une petite averse. Je mange une bonne soupe grand’ mère et des lentilles et après le dessert, je me repose un instant ; je prends une bonne douche chaude et des vêtements propres pour un départ à 23h30. Vu le temps dehors je mets le coupe vent contre la bruine et mets les protège chaussures avec les bandes réflectantes qui empêchent l’eau de couler dans les chaussures et humidifier les pieds. Je quitte la voiture, prends le vélo et me voilà en route pour Paris. Depuis la ville de Brest, je vois sur mon retour toujours des cyclistes qui sont sur l’aller. Dans le noir je remarque bien les lumières dansantes qui se promènent comme des bougies. La bruine s’intensifie et à 5 kilomètres avant Corlay, la pluie me fait arrêter à une grande station d’essence Total. Mon coupe vent ne suffisant plus, je téléphone à ma femme, qui est sur la route pour Illifaut sous une pluie battante, afin qu’elle revienne sur Corlay pour me donner le vêtement imperméable Gortex.

Quand je suis sous l’abri de la station d’essence, je découvre qu’il y a plein de cyclistes couchés par terre. Ils attentent que la pluie s’arrête ou sont en train de dormir par terre avec ou sans aucune protection. Moi, j’attends tranquillement ma femme. Quel luxe par rapport à d’autres. Je sens que ce n’est pas toute à fait honnête. J’ai tout à ma disposition. Ah, là voilà. Elle arrive. Il est 2h05. Je rentre dans la voiture, je m’habille bien, nous parlons un peu ensemble sur ce temps et peu de temps après je repars ; il est 3 heures. Je vois mal dans le noir et avec les lunettes humides, la vue est restreinte et je ne veux surtout pas me tromper de route. Parmi les cyclistes je découvre un américain avec le système GPS sur son vélo mais avec la lumière faible. Avec mes deux phares puissants nous sommes vite copains et ensemble nous continuons la route plus vite encore. Comme nous roulons si vite, les quelques cyclistes qui nous suivent sont forcés de nous laisser partir. Je dois avouer que ce système de guidage est idéal en vélo la nuit. Jusqu’à Loudéac nous avançons vite et au pointage, 775 kilomètres, nous nous quittons dans la foule des cyclistes. Moi, je pointe et repars. L’américain se retrouve avec d’autres compatriotes. Je ne vais pas l’attendre. A Illifaut se trouve un autre point de contrôle secret. Je pointe et repars. Eliane doit m’attendre. Je la vois déjà au carrefour en train de discuter avec un habitant. J’arrive à 7h50 et nous montons dans la voiture. Plusieurs bons cafés chauds avec tartelettes aux abricots, des croissants chauds, des flans m’attendent. Quel délice après cette nuit. La bruine est toujours là. Mais le bon petit déjeuner me fera du bien. Le temps n’est pas terrible ; la bruine persiste, un vrai temps maussade. Le jour s’annonce mal, le soleil ne se montrera certainement pas. Je m’habille bien de nouveau contre la pluie après un repos de 20 minutes. Je prends la route à 9 heures, maintenant pour Tinténiac, une quarantaine de kilomètres plus loin. Je me sens toujours en forme. Quand est-ce que j’aurai mon coup de pompe grave ? Je fais tout pour l’éviter et j’écoute bien mon corps. Le fait d’être masseur de sport me donnent confiance, question de musculation. Je traverse de nouveau Saint Méen-le-Grand et Bécherel avec la surveillance au croisement. {photos.25+26}

Je vois ma femme parler avec un homme au carrefour. Je vais arrêter un instant pour dire bonjour. Le pied gauche qui, depuis quelque temps, bougeait plus facilement que le pied droit, peut être contrôler en même temps. J’arrête en mettant le pied droit par terre mais je ne peux pas enlever le pied gauche de sa pédale. La cale reste accrochée. J’essaie par tous les moyens. Ma femme et cet homme, voyant qu’il y a un problème, se précipitent vers moi pour enlever carrément le pied de la chaussure. Je m’assois sur le bac à fleurs qui se trouve à coté. {photo.27}

Une vis s’est échappée de la cale. Comme la pluie a cessé, j’enlève les protections inutiles. {photo.28}

L’homme, un néerlandais . . . quel hasard . . . va chercher du matériel de réparation à la maison au coin. Pendant cet arrêt, d’autres cyclistes passent, traversent la route et disparaissent de ma vue. {photo.29}

Peu de temps après, la réparation provisoire est faite mais il faudra faire réparer la cale au prochain pointage. Le néerlandais, en vacances avec sa femme française, en profite pour voir passer la colonne de cyclistes de Paris – Brest – Paris. Quand il sera en retraite dans quelques années, il a l’intention de participer à cet événement. {photo.30} Après cet arrêt imprévu, je reprends la route vers Tinténiac, seulement à 8 kilomètres, où se trouve le pointage après 858 kilomètres et faire réparer en même temps la cale, au service technique, s’il y en a. J’arrive, je pointe et me rends au Service Technique de Jean-Pierre Rescamp. {photo.31}

Une bonne ambiance et un service rapide et gratuit. Quand je repars en vélo, je me réalise que j’ai perdu pas mal de temps. En allant à Fougères, 55 km plus loin, je roule pendant un certain moment avec quelques Anglais, nous approchons un vélo mobile, arrêté sur la route mais bien à droite. En doublant un des Anglais lui lance les mots : ‘no petrol ?’ ce qui me fait rire. Les Anglais ne perdent pas le sens de l’humour. J’arrive à Fougères, 915 kilomètres, à 14h.30 sous la pluie. A la sortie de la ville, la soigneuse et la voiture sont là. {photo.32}.

Je mange une bonne soupe, dors une demi-heure et repars à 16h.15 pour Villaines-la-Juhel. Sur ce trajet j’ai roulé avec un maximum d’étrangers ; des russes, des danois et un australien sans oublier les anglais de toute à l’heure. Nous roulons bien avec une vitesse de 28 à 30 km par heure. J’arrive à Villaines-la-Juhel, 1003 kilomètres, à 20.h30. Dans la voiture je mange encore de la soupe et Chili con carne. Je dors 30 minutes et repars finalement à 23.15 un peu dans les vapes. De la voiture je voyais passer la file de cyclistes ; je ne veux pas tarder tout seul. De nouveau en vélo. Je regarde si un groupe arrive pour me joindre à eux juste pour la nuit. Les voilà, une quinzaine de cyclistes même. Quelle chance. Je les laisse me doubler et je me place à l’arrière. Je découvre avec mes bonnes lumières celui qui n’en a plus. Je le suis de près. Ce sont des italiens et des espagnols qui mènent le peloton. J’écoute leurs bavardages mais ne comprends pas beaucoup de ces Italiens. L’espagnol c’est un peu mieux. Ce sont des Asturiens qui parlent des activités cyclistes dans leur région en Espagne. Les Italiens parlent plus fort et le ton est à la hausse. Les espagnols roulent à la tête du groupe et remarquent vite que je roule de plus en plus près, dans leurs roues. Au moment où ils parlent de moi, je me fais entendre et je me présente. On dirait que je suis ‘accepté’.

Jamais de la vie, mais ces Italiens et ces Espagnols ont un différend ensemble qui n’est pas résolu. Dommage pour moi, mais, malgré la nuit, je ne veux pas rester avec eux. Au bon moment, dans un village, je les quitte et les laisse derrière moi. Tout au long de cette nuit je vois des petites lumières rouges des vélos, soit qui avancent, soit qui sont arrêtées. Beaucoup de cyclistes sont couchés sur l’herbe humide ou à même la terre. Ils dorment ou ils se reposent, le sommeil fait des victimes. Je file encore pendant quelques heures mais au moment où je commence à voir les choses double danser devant les yeux, je cherche un banc public dans un village sur lequel je vais me reposer un instant. A peine couché sur un banc près de la route, je sens le vent frais autour de moi. Cela me fait refroidir vite. Désagréable ce vent ; alors je me remets sur pieds ; remets le sac à dos et repars en vélo en faisant continuellement des exercices avec la tête. La nuit est longue. Et toujours des cyclistes qui dorment le long de la route. Le premier signal de sommeil ne dure pas trop longtemps. J’arrive à Mortagne (1083 km) à 4h.10 {photo.33} où ma femme m’attend sur une place dans le centre.

J’ai mangé un peu et ensuite je me permets de dormir une bonne heure. Avant de repartir à 6h10, je bois beaucoup de café. {photos.34+35} Après on se quitte en se donnant rendez-vous à Paris.

Comme je me sens de nouveau en pleine forme et ne crains plus le sommeil vu le jour qui pointe, je ne vois pas la nécessité de se rencontrer encore à Dreux. Mon sac à dos contient pour sécurité de quoi manger. Je roule et je pense à l’heure à laquelle je pourrais arriver à Guyancourt déjà. Si je me presse un peu plus, je pourrais même arriver avant les 80 heures. Pourvu que je ne prenne pas de retard à Dreux, le dernier point de contrôle. Alors je vais essayer d’augmenter la vitesse un peu. Je roule et de temps en temps je double un cycliste. Le paysage passe, le goudron glisse sous les pneus, et Paris approche. A un certain moment je m’intéresse à un cycliste qui reste en danseuse. Je pense qu’il a mal aux fesses. En arrivant à sa hauteur, j’entame la discussion avec lui. C’est un américain qui me confie qu’il a mal au cou et ne peut plus s’asseoir sur la selle. Alors il reste à pédaler en danseuse. Après quelque temps cela commence à me gêner et à Dreux, (1157 km), nous nous séparons. Je pointe en vitesse, je vois pas mal de cyclistes manger et se reposer. Moi je n’ai pas le temps. Je calcule et constate que : arriver à Paris dans un délai de 80 heures serait toujours possible. En vélo alors pour les derniers 70 kilomètres. Après avoir passer l’Eure, je me fait l’idée que je fais des petits détours sur ces tout petits chemins à la campagne. En plus il y a une déviation. Quand j’arrive à Gambais, je me crois arrivé. Une côte dans la forêt de Rambouillet que je ne me souviens pas avoir passé en allant. Il y a plus de monde ici pour encourager les cyclistes qui passent et qui montent avec de la peine cette dernière bosse. Moi aussi je ne monte pas facilement et me dis d’avancer tranquillement. Un autre cycliste, un peu dans mon gabarit, avance assez vite. Je ne veux pas le perdre de vue. Nous ne nous parlons pas. Le téléphone sonne. Ma femme me demande la position. Je lui réponds que je suis sur la D.112 vers Gambaiseuil et que je rentre à 13 heures environ. Ma femme m’attend déjà à l’arrivée. J’avance et je vois de plus en plus de maisons, de plus en plus de circulation. La campagne est finie. La civilisation arrive. La tranquillité est finie et bientôt la randonnée sera terminée. Fini PBP. Partout les constructions . . . les feus. Je parle maintenant avec ce type que je suis de tout près depuis quelque temps. Quel hasard. C’est aussi un Néerlandais. Nous faisons une petite course entre nous pour voir celui qui a encore du jus dans les jambes, comme les belges diraient. Je distingue le rond point au fond. Le public est là. Tout le monde est là et moi . . . j’arrive. Au rond point même beaucoup de gens et quelqu’un m’appelle sur la ligne d’arrivée. C’est ma femme qui, . . . veux faire encore une photo de moi.{photo.36} Donc mon compatriote pointera avant moi. Moi, habillé en vêtements de pluie, tandis qu’il ne pleut même pas.

Après la photo, je me presse à la consigne, met le vélo au barrière Vauban et me presse à l’intérieur pour pointer. J’arrive à l’intérieur du bâtiment {photo.37} et au pointage je pose ma carte de route sur la table en demandant l’heure de pointage.{photo.38} Le système indique : 79 heures et 56 minutes.

J’ai réussi à gagner le pari avec moi-même, je suis rentré en moins de 80 heures. La fête est finie ; la carte de route est reprise par l’Organisation et sera, après traitement envoyée par la poste au mois de janvier 2008.{photo.39} Je quitte le bâtiment, prends mon vélo dans la consigne, quitte le terrain pour, prêter la pompe à un cycliste qui a le pneu fatigué et pour qu’il puisse rentrer encore en vélo à son hôtel. {photo.40}

Arrivé à la voiture, je range soigneusement mon copain de route à l’intérieur. {photo.41} Le portable me permets maintenant de mettre tout le monde au courant de la rentrée, sain et sauf. {photo.42} Nous allons quitter ce joli quartier de Guyancourt ; {photo.43} Ma femme avait trouvée une place pour se garer, seulement une dizaine de mètres plus loin que lors de l’aller. Le maillot de Paris-Brest-Paris comme souvenir et la pochette imperméable qui a bien servi garder la carte de route au sec pendant ce périple. {photo.44} Pour ceux qui aiment les chiffres : les statistiques 1 + 2 de cet événement.

Un grand coup de chapeau, à tous les bénévoles qui ont rendu possible cet événement et un grand remerciement, pour leur aide, leur gentillesse et leur patience.

Conclusion : Paris-Brest-Paris, une belle expérience qu’il vaut le coup d’être vécue, au moins, une fois dans la vie.

Ferdy Los.

inter.cartier@wanadoo.fr


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