SORTIE A LA JARRIGE

Mardi 12 janvier 2010 @ 15:42:18

C’est avec un grand plaisir que je reçois une invitation



de la part de notre webmaster Philippe, randonneur d’endurance, qui habite à présent près du barrage d’Eguzon dans le département de l’Indre. Cette invitation a pour but de réunir tous les cyclos d’endurance (Bordeaux - Paris) de notre club de Descartes ainsi que leurs soigneurs/soigneuses, afin de passer quelques jours ensemble dans sa résidence à côté du Lac de Chambon. Bien que Philippe et sa femme Martine habitent maintenant loin de Descartes, la rivière ‘La Creuse’ nous relie 24 heures sur 24. L’invitation comporte un programme varié avec des sorties attrayantes, qui nous laisserons pas de temps pour profiter d’une chaise longue !. Nous sommes attendus pour le mercredi matin 15 juillet 2009 à 10.00h. Je suis curieux et impatient en même temps. Si le temps le permet j’irai à La Jarrige, une distance de 135 km environ, à vélo. Mercredi, le 15 juillet Le temps variable et sec me permet de partir, à 5 heures du matin, à vélo. Je suis accompagné de mon sac à dos avec quelques gâteaux/friandises afin de parcourir cette distance d’une durée d’environ cinq heures en passant par Descartes, Preuilly-sur-Claise, Lureuil, Douadic, St. Gaultier. Sur le pont à St.Gaultier je prends ma première photo.

 

Ensuite je file par la D.48 à Thenay et Argenton-sur-Creuse, surnommé la ‘Venise du Berry’. Là, je choisis la D.913 vers Eguzon.

 

Sans aucun problème j’arrive à l’heure, 9h.30 au Multon, point de rendez-vous avec Eliane, qui part en voiture avec les bagages. Le Multon, où j’ai l’intention de me rafraîchir un peu avant d’arriver chez Philippe à La Jarrige. Etant donné qu’Eliane annonce du retard à cause de petits ennuis à la pompe à essence, nous décidons de nous retrouver directement chez Philippe et Martine. En arrivant à l’heure convenue, je constate que tout le monde est présent y compris Eliane qui m’a doublé dans le dernier kilomètre. Après un déjeuner copieux, nous partons à sept faire un circuit en vélo avec les cyclistes du club d’Argenton-sur-Creuse, nouveau club de Philippe.

 

Ils nous ont préparé un circuit de 93 km qui nous mène à :Landes-Luzeret-St.Civran-Roussines-St.Benoît-du-Sault-Passebonneau-Château de Brosse-Beaulieu-Les Grands Chézeaux-Fant-Mouhet-Rapissac-L’Age-Parnac-Villebuxière-Vigoux-Les Favés-Auvergne et retour à Argenton. Les noms des villages ne nous disent pas beaucoup mais le trajet nous montre bien la région du sud-ouest de la ville, une terre tranquille et avec peu de circulation sur les petits chemins.

 

Nous prenons le temps de nous rendre chez ‘Le doyen’ du club, un ancien cultivateur de 83 ans, membre depuis les années 80 et actuellement en convalescence depuis son opération. Cependant il ne perd pas courage : au moment où il sera prêt à repartir en vélo il aura l’embarras du choix ; j’ai bien compté 18 vélos dans la grange et d’après ses propres paroles tous en bon état de marche. Il nous offre une boisson fraîche avant que nous repartions. Le fait d’avoir fait du vélo tout l’après-midi nous donne de l’appétit. Aussi le dîner, préparé et présenté par Martine avec ses assistantes Patricia et Eliane, est le bienvenu. Huguette et Annie furent aussi courageuses de faire du vélo. Inutile de dire que nous méritons de passer une bonne nuit. Aujourd’hui j’ai roulé 218 km

 

Jeudi, 16 juillet Au lever du jour, le soleil nous promet une matinée agréable avec température supportable. Après le petit déjeuner, nous allons bien préparer nos vélos c’est-à-dire . . . c’est Joël, notre technicien, qui gonfle les pneus de tous les vélos et voilà le groupe parti . . . mais Joël devait encore gonfler ses propres pneus. Demi tour des premiers et attente pour partir ensemble.

 

Nous allons partir à la découverte de la vallée de La Creuse. Par les petites côtes les sept cyclistes arrivent à Eguzon pour visiter le musée de la Vallée de la Creuse. Patricia et Eliane, nos soigneuses, accompagnent Martine en voiture.

 

C’est ici que nous pouvons admirer les sauvegardes du patrimoine de la région. Nous découvrons des arts et des traditions populaires. Les objets domestiques, outils du tonnelier, sabotier, cordonnier et tout ce qui concerne la vannerie ont trouvé leur place dans ce bâtiment.

 

Martine s’est arrangée pour que le guide soit à notre disposition pendant toute la visite. Etonnante conclusion c’est que les anciens objets peuvent avoir des noms différents et ceci varie d’un lieu à un autre en France.

 

Ensuite nous poursuivons notre chemin vers les berges du lac de Chambon.

 

La température n’a pas cessé de monter et avec soulagement nous nous installons sur l’herbe et à l’ombre sur le haut du lac ; lieu idéal pour pique niquer.

 

Quelque temps plus tard nous repartons pour continuer la route vers les ruines de Crozant où,

 

sur un éperon rocheux, marquant le confluent de La Creuse et de la Sédelle, se trouve les restes d’une forteresse, qui date du 10ième siècle et qui fut détruite par Richelieu (né à Paris le 09-09-1585 ; mort le 04-12-1642).

 

D’ici nous avons une si belle vue sur le lac que l’on pourrait se croire en montagne.

 

Nous nous retrouvons maintenant au point le plus sud de la journée sous une chaleur étouffante. D’ici nous allons vers l’est ; au confluent des deux Creuses, c’est-à-dire à Fresselines, à peu de kilomètres de Crozant.

 

Les vélos sont attachés à un gros arbre, grâce au long câble de Joël, ce qui nous permet en toute tranquillité de descendre à pied jusqu’à la bifurcation des deux eaux.

 

La Petite Creuse se jette ici dans La Creuse. Nous y restons un bon moment. Les nombreuses photos témoignent d’un cadre idyllique, cadre qui a enthousiasmé également à leur époque les peintres impressionnistes comme Claude Monet avec entre autres son tableau ‘La Petite Creuse’ en 1889. Fresselines situé au confluent de la Petite Creuse et de la Grande Creuse, a séduit le nostalgique poète Maurice Rollinat (1846-1903), qui, lassé de la vie parisienne, a choisi de s’y retirer en mars 1884. Ses amis parisiens ne l’ont pourtant pas oublié. Et notamment Gustave Geffroy, journaliste, critique d’art, historien et romancier français, (Paris, 01-06-1855 – Paris, 04-04-1926), également l’un des dix membres fondateurs de l’Académie Goncourt. L’Académie Goncourt est un cénacle littéraire, fondé en 1900 ; suivant le désir formulé par Edmond de Goncourt (1822-1896) dans son testament, désir auquel il associait son frère précédemment disparu, Jules de Goncourt (1830-1870). L’objet étant de décerner chaque année un prix pour ‘un ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année’, des indemnités substantielles devant également être allouées à chacun des membres de la société. Mais le prix Goncourt n’est pas le seul prix offert par l’académie qui décerne en outre chaque année les Goncourt de la Poésie, de la Nouvelle, de la Biographie, de la Jeunesse et du Premier Roman. Gustave Geffroy, venu à Belle-Ile-en-Mer, (Morbihan), en septembre 1886 pour faire une enquête sur les prisons de Napoléon III, rencontre par hasard le peintre Claude Monet, qu’il admire et avec qui il se lie d’amitié. En 1897, il publie ‘L’Enfermé’, où il raconte la vie d’Auguste Blanqui, un homme révolutionnaire républicain socialiste français. Auguste Blanqui s’est battu pour des idées neuves à son époque notamment pour le suffrage universel, pour l’égalité, la suppression du travail des enfants etc. Il doit son surnom ‘L’Enfermé’ au fait qu’il passa la plus grande partie de son existence (près de 37 années !…) en prison. Il est à l’origine du blanquisme. Geffroy invitera Claude Monet à l’accompagner dans une visite qu’il rend à son ami Rollinat. Monet y séjournera trois mois en 1889. Il y réalisera 23 toiles, aujourd’hui conservées pour la plupart dans des musées étrangers. Geffroy continuera par la suite à faire des critiques élogieuses du peintre Claude Monet. Collaborateur au journal ‘La Justice’, Geffroy, à partir du 15 janvier 1880, y rencontre Georges Clemenceau, qui devint un grand ami et qui le nomme administrateur de la Manufacture des Gobelins en 1908, poste auquel il restera jusqu’à sa mort. Le père de Maurice Rollinat, François, était député de l’Indre à l’Assemblée constituante en 1848 et fut un grand ami de George Sand. Issu d’un milieu cultivé, Maurice se met très tôt au piano, pour lequel il semble avoir de grandes facilités. Dans les années 1870, il écrit ses premiers poèmes. Il les fait lire à George Sand, qui l’encourage à tenter sa chance à Paris. Il y publie son premier recueil ‘Dans les brandes’ en 1877, qu’il dédie à Sand mais qui ne connaît aucun succès. Il rejoint alors le groupe des Hydropathes, club littéraire parisien, fondé par Emile Goudeau où se rassemblent de jeunes poètes décadents se voulant anticléricaux, anti-politiques et antibourgeois. Plusieurs soirs par semaine, la salle du ‘Chat Noir’, (l’un des grands lieux de rencontre du Tout-Paris et le symbole de la Bohème à la fin du 19ième siècle) et célèbre cabaret parisien, se remplit pour laisser place à l’impressionnant Rollinat. Seul au piano, le jeune poète exécute ses poèmes en musique. (Il mit aussi en musique les poèmes de Baudelaire). Son visage blême, qui inspira de nombreux peintres, et son aspect névralgique, exercent une formidable emprise sur les spectateurs. De nombreuses personnes s’évanouissent, parmi lesquelles notamment Leconte de Lisle (poète français 22-10-1818 – 17-07-1894) et Oscar Wilde, écrivain irlandais, né à Dublin, le 16-10-1854 et mort à Paris d’une méningite le 30-11-1900. Ses textes, allant du pastoral au macabre en passant par le fantastique, valent à Rollinat une brève consécration en 1883. Cette année-là, le poète publie ‘Les Névroses’, qui laisse les avis partagés. Certains voient en lui un génie ; d’autres, comme Verlaine dans ‘Les Hommes d’aujourd’hui’, un « sous-Baudelaire », doutant ainsi de sa sincérité poétique. Cependant, grâce aux témoignages et aux travaux biographiques, nous savons que Rollinat fut toute sa vie très tourmenté et que ses névralgies ne l’épargnèrent guère. Son ami Jules Barbey d’Aurevilly, écrivain français ; surnommé le ‘Connétable des lettres’, (02-11-1808 – 23-04-1889), écrira que « Rollinat pourrait être supérieur à Baudelaire par la sincérité et la profondeur de son diabolisme » . Il qualifie Baudelaire de « diable en velours » et Rollinat de « diable en acier ».

 

Malade et fatigué, Rollinat refuse d’être transformé en institution littéraire. Il se retire alors à Puy-Guillon, puis, en 1883, à Fresselines, proche de l’Ecole de Crozant, c’est une école ‘sans maître’, qui n’est rien qu’une commode appellation, imaginée ultérieurement, pour désigner tous ceux qui ont trouvé l’inspiration dans ces vallées creusoises. En un peu plus d’un siècle près de 500 peintres fréquentèrent ces lieux. Rollinat restera dans La Creuse, pour y continuer son œuvre. Il s’y entoure d’amis avec lesquels il partagera les dernières années de sa vie. En 1886, il publie ‘l’Abîme’, puis ‘Paysages et Paysans’ ainsi qu’un recueil en prose. ‘En errant’. Alors que sa compagne, l’actrice Cécile Pouettre, meurt de la rage, Rollinat tente plusieurs fois de se suicider. Son ami le peintre Alluaud le veille et s’inquiète. Malade, probablement d’un cancer, le poète est transporté à la clinique du docteur Moreau à Ivry où il s’éteint en octobre 1903, à l’âge de 57 ans. Rollinat repose au cimetière Saint-Denis de Châteauroux. Il en était venu à être oublié de ses contemporains. Un de ses premiers biographes, l’écrivain et dramaturge Hugues Lapaire, rapporte que lors de l’enterrement, quelqu’un demanda à un vieux Berrichon qui était celui qu’on enterrait ; le vieux répondit : « un fameux pêcheur à la ligne ».

 

Nous ne sommes pas les premiers à découvrir ce lieu paisible naturel dans une région pittoresque si l’on imagine que déjà 500 peintres y sont passés avant nous. Il y a encore beaucoup à voir et à apprendre, c’est pourquoi je veux faire une randonnée spéciale aux deux Creuses, pour retrouver ce même paysage tranquille et cette nature sauvage ; c’est un projet pour l’année prochaine peut-être.

 

Nous nous rafraîchissons les pieds dans l’eau de la Petite Creuse, qui a une longueur de 95 kilomètres et naît dans la commune de Treignat (Allier). La Creuse d’ailleurs qui coule à dix mètres plus à gauche de nous connaît une longueur de 255 kilomètres et prend sa source dans la commune du Mas-d’Artige sur le Plateau des Millevaches à 816m de hauteur. Pourtant en 1926, une autre histoire commence pour les bords de Creuse qui vont être noyés, pour cause de production d’électricité, par les eaux de la plus grande retenue d’Europe à l’époque, le barrage d’Eguzon. Le nouveau pôle d’attraction touristique est désormais le Lac de Chambon du nom d’un village d’une commune riveraine (Eguzon) du nouveau lac. Si les gorges profondes perdent alors une partie de leur caractère sauvage qui plaisait tant aux peintres, on y gagne une zone touristique à la « plage de Fougères ». Le lac de Chambon est un lac situé à cheval sur le département de l’Indre et de la Creuse. Le lac d’Eguzon est le plus grand du département. Ses 312 hectares de plan d’eau offrent de multiples possibilités d’activités des plus tranquilles aux plus sportives. Cette retenue d’eau s’est formée à la suite de la construction sur la Creuse du barrage hydroélectrique d’Eguzon (exploité par EDF) entre 1922 et 1926, par l’entreprise de Léon Chagnaud un ancien maçon de la Creuse. Que d’histoire et quelles histoires . . . et pas mal de temps plus tard, bien détendus, nous nous préparons pour repartir. La température n’a pas cessé de grimper ; à contre cœur nous reprenons nos vélos. Quelques centaines de mètres plus loin, dans le village de Fresselines, la chaleur excessive fait que nous nous arrêtons dans le café du bourg pour prendre une boisson fraîche et remplir nos bidons.

 

Par la même occasion nous suivons le Tour de France à la télévision jusqu’à l’arrivée des champions et en ce qui nous concerne, il faut bien le dire, la chaleur nous freine légèrement.

 

Nous quittons tout de même Fresselines pour nous diriger à St.Plantaire et Orsennes et par la D.72 à la maison où nos soigneuses nous attendent avec boissons fraîches, suivi par un apéro et le dîner. Ce fut une longue journée, mais le compteur du vélo n’indique que 54 km.
Vendredi, 17 juillet Pour cette dernière journée nous avons au programme la visite de l’un des plus beaux villages de France, Gargilesse, avec son musée George Sand, romancière et écrivaine française. Aujourd’hui le temps diffère des journées précédentes ; la pluie est présente, ce qui fait que nous prenons la voiture pour aller à Gargilesse.

 

George Sand est le pseudonyme d’Amantine Aurore Lucile Dupin, plus tard baronne Dudevant. Elle est née à Paris le 1er juillet 1804 et décédée à Nohant le 8 juin 1876. Elle eut de nombreux rapports ouverts avec les hommes célèbres qu’elle connaissait à Paris, dont Jules Sandeau, Alfred de Musset, Honoré de Balzac et Frédéric Chopin. Pour plus de données je vous conseille d’aller vous-même au musée où la jeune guide est très expressive et connaît très bien son métier. Elle enthousiasme le visiteur, mais épargnez-lui la grippe (Mexicaine) ! La matinée ne nous laisse pas assez de temps pour approfondir les lieux de Gargilesse et avec quelques regrets nous repartons à La Jarrige pour prendre notre dernier déjeuner.

 

C’est avec tout autant de regrets que nous devons même terminer notre rencontre entre cyclos, mais surtout nous tenons à remercier Martine et Philippe de tout cœur pour leur accueil chaleureux ; ce furent de courtes vacances passées sans soucis. Après avoir quitté nos amis, Eliane et moi-même partons ensemble et . . . en voiture vers le barrage d’Eguzon. Le temps ne me permet pas de rentrer à la maison à vélo sans risquer quelques bonnes averses. Au barrage je fais plusieurs photos de cette construction de béton, réalisée entre 1922 et 1926. Il fonctionne en éclusées et comporte 6 vannes d’évacuation avec une capacité de débit de 1.377 m3/seconde.

 

La hauteur est de 61,11 m ; longueur : 300 m (en crête) ; épaisseur : 54 m à la base et 5 m (en crête). Le volume de maçonnerie est de 220.000 m3 ; la hauteur de chute : 58,27 m ; la retenue d’eau : 312 hectares et un lac de 16 km de long, soit 57,3 millions de m3 d’eau. La production annuelle : 101 GWh. (soit 101 millions de kWh ou la consommation annuelle d’une agglomération de 20.000 habitants) L’énergie produite est évacuée vers le poste de transformation d’électricité d’Eguzon par 2 lignes de 90.000 volts.

 

Une averse fait que nous remontons vite en voiture et partons pour Ceaulmont, voir si nous pouvons faire une photo panoramique à partir de l’église.

 

Tantôt nous roulons sous un soleil éclatant, tantôt la pluie efface toute la beauté du paysage.

 

Nous décidons maintenant de rentrer directement à la maison, à Nouâtre où nous arrivons une heure et demie plus tard.

FERDY LOS
Inter.cartier@wanadoo.fr



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